COURT-CIRCUIT, L’AUTOGESTION

Immersion

La particularité de la ressourcerie Court-circuit c’est l’autogestion, c’est à dire qu’il n’y a pas de hiérarchie. L’organisation, les règles, sont décidées par l’ensemble des personnes de la structure. Les tâches sont partagées. Les responsabilités sont réparties sur les épaules de chacun.

Lors de mon passage, la ressourcerie fonctionnait avec 8 salariés et des bénévoles plus ou moins réguliers. La règle d’or c’est le dialogue ! Ici, une réunion chaque mercredi matin permet de mettre en discussion différents points : les actions à venir, les questions soulevées la semaine précédente ou établir le planning, etc… C’est aussi le moment de s’exprimer sur son ressenti au sein de l’équipe, son état du moment : fatigue, problèmes familiaux, etc… à ne pas prendre à la légère !! car il permet de  comprendre certaines réactions des collègues et éviter les conflits [lien 1]. Comprendre l’autre permet donc de mieux coopérer. Lors des réunions, on peut aussi parler de son rapport au travail : « c’est un fardeau cette mission, j’ai l’impression de perdre mon temps » ou au contraire « c’est un vrai plaisir, j’ai plein d’idées, j’aimerai aller plus loin » et ainsi trouver en groupe les dispositions à prendre. Les réunions peuvent être centrées sur des points précis comme les objectifs à long terme, les salaires, les partenariats…
ReunionMercrediChaque réunion fait l’objet d’un compte rendu. Cela permet de suivre l’évolution, se remémorer ce qui a conduit à certaines décisions  et ne pas reproduire ce qui s’est avéré infructueux. C’est aussi permettre à n’importe qu’elle personne qui intègre la structure de prendre le train en marche, en ayant accès de manière transparente aux activités passées. En tout cas, que l’on soit là depuis plusieurs années ou seulement quelques semaines chacun a la possibilité de s’exprimer, les salariés comme les bénévoles !

Le but de l’autogestion c’est l’autonomie de l’individu au sein du collectif. Être autonome c’est pouvoir choisir et agir librement. Contrairement à une entreprise « classique », en autogestion, il n’y a pas d’accaparement du savoir par quelques uns, pas de dossier confidentiel, car cela entraverait l’autonomie des individus et donc le bon fonctionnement de l’activité. (Un choix n’est libre qu’en possession de tous les tenants et aboutissants connus.) Chacun, en tant qu’expert de son propre poste, est libre d’y apporter les modifications nécessaires, mais se doit de rapporter à l’équipe ce qu’y est essentiel pour assurer la liberté d’action des autres. La confiance est donc indispensable.

Il me semble, pour que l’autogestion fonctionne durablement, que le nombre d’individus au sein de la structure doit rester suffisamment petit pour rester gérable par le collectif en son ensemble. La confiance et le dialogue étant des piliers, comment serait-il possible de préserver l’autogestion dans une structure qui a atteint une taille telle que l’on ne peut plus prendre le temps de se parler tous ensemble, et que l’on n’en connait pas tous les membres? [lien 2]

C’est d’ailleurs pour cela que je crois énormément au pouvoir local. Faire en sorte que les décisions les plus importantes se gèrent à petites échelles, au sein d’un collectif où le dialogue est possible et que les gens se font confiance. Si grande échelle il y a, alors ce serait seulement pour le simple partage d’idées, mais pas la prise de décisions qui bousculent la vie de chacun.

Le dialogue c’est la clé de la démocratie. Se mettre d’accord c’est long. Donc oui, si l’on souhaite une véritable démocratie il faut prendre le temps. Le temps c’est l’assurance de notre liberté.ChoixCourtCircuit

D’ailleurs de telles expériences de démocratie existent. Il y a de plus en plus nombreuses « entreprises libérées »[lien 3] ou encore des villes où l’on pratique la vraie démocratie ! [lien 4 et 5]

Je peux vous assurer qu’après une expérience pareille, je ne reviendrai pour rien au monde à un système hiérarchique. Vivement l’autogestion partout !

Repas-CourtCircuit_____________________________

Et parce que travailler ensemble ce n’est pas toujours évident, des outils aident à l’autogestion, la communication non violente (CNV) par exemple en est un précieux  [lien 6]. Certaines personnes diplomates la pratiquent certainement sans le savoir, en connaître les tenants permet d’identifier pourquoi ce n’est pas le fruit du hasard. Le rôle des facilitateurs et les gestes pour les réunions, sont tout aussi utiles, je les avais déjà expérimenté lors de ma participation au collectif Alternatiba à Lille. [lien 7]

Et ce qui est bien avec la communication non violente comme l’autogestion, c’est que ça se pratique dans tous les moments de la vie : à la maison, au travail, avec les amis, dans son quartier…

Les outils d’autogestions évoluent et s’enrichissent au fil des expériences collectives, alors on ne s’ennuie jamais !

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LES LIENS :

[1] Une vidéo à destination des enfants qui reprend les principes des 4 grands accords Toltèques de Miguel Ruiz, mais qui peut tout autant aider les plus grands.
[2] je vous conseille la lecture du magazine S!lence sur la démocratie !
[3] documentaire « Le bonheur au travail » de Martin Meissonnier
[4 et 5] la ville de Saillans dans la Drôme a tente la vrai démocratie, une expérience et surtout un apprentissage pas à pas… le 1er lien est un article de Reporterre, le 2nd une présentation du fonctionnement par un habitant.
[6] Des petites astuces pour communiquer sans violence qui changent la vie.
[7] PDF Méthode d’animation de réunion

COURT-CIRCUIT, LA RESSOURCERIE

Immersion

Pour ce mois de Juillet, je suis bénévole dans une ressourcerie dans la Creuse. Là où tout le monde pense que rien ne se passe. C’est à Felletin que se trouve Court-Circuit.

Hangar

La ressourcerie est un lieu où l’on récupère ce que les autres ne veulent plus. C’est le passage de transition avant l’envoie à la benne. Les objets, meubles, fournitures de toutes sortes sont récupérés entiers ou en pièces détachés, triés et réparés quand cela est possible. Le tout est revendu à petits prix, pour rester accessible à tous, mais suffisant pour financer les différents outils de travail et de rémunérer les salariés de l’association.

Camion-CourtCircuitLes objets proviennent des dons directs à la ressourcerie, de débarras ou des encombrants. Ce n’est pas la seule source de revenus. La location de vaisselle, de véhicules (le fourgon ou le camion, lorsqu’ils ne sont pas utilisés) ou d’un broyeur pour les végétaux permettent d’autres entrées… Et la communauté de commune fait appel parfois à la ressourcerie pour différentes missions.

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Après les premiers tris, bien des objets sont en parfait état et un coup de chiffon suffit, sinon une petite pointe de soudure ou un élément à remplacer, et hop, on met en vente. Cependant, tellement de choses sont jetées que les capacités de la ressourcerie sont insuffisantes pour tout traiter. Alors les objet nécessitant le plus de boulot, bricolage comme nettoyage, sont jetés, à regret, faute de moyens humains, de temps ou d’espace de stockage. Mais il faut dire aussi… par l’impossibilité de réparation due à l’obsolescence des objets, pensée dès leur conception !

Je me dis qu’il faudrait de nombreux lieux de valorisation répartis sur les territoires, pour encaisser la masse de déchets, parce que sinon c’est direction la déchetterie pour incinération ou enfouissement. Y a mieux question écologie ! Il y a les communes qui se mettent en route pour le zéro déchet grâce au mouvement Zéro Waste. Roubaix par exemple. Favoriser le réemploi des objets par la création de ressourceries s’inscrit parfaitement dans ce contexte. C’est quand même mieux de viser cet objectif, car le meilleur déchet c’est celui que l’on ne produit pas ! Et même si c’est un objectif difficile à tenir, c’est pousser la démarche le plus loin possible. Ne dit-on pas qu’il faut viser la lune pour atterrir dans les étoiles?

Apports à reparer Bidet-Tomates

Pour agir à mon échelle, grâce à cette immersion au sein de la ressourcerie, je me rend compte que pour valoriser au mieux les objets dont je veux me séparer, c’est déjà de les nettoyer, pour ceux qui fonctionnent évidemment ! (bon j’ai plus rien là, mais à l’avenir…) En plus c’est une étape à la portée de tout le monde, qui facilite le travail de valorisation et la reprise. Les gens qui travaillent en ressourcerie pourront alors concentrer leurs efforts sur d’autres points, comme la réparation et donc remettre dans le circuit plus d’objets et en jeter moins.

Je sais aussi qu’il y a des espaces d’échange pour Mac Gyvers en herbe comme aguerris : les « Repair cafés ». Éphémères, réguliers ou non, ce sont des moments organisés pour réparer avec d’autres, des objets de toutes sortes. Ils sont de plus en plus nombreux à s’initier un peu partout. À Lille par exemple, Le jardin des bennes en organisent régulièrement à la MRES (Maison Régionale de l’Environnement et des Solidarité, 23 rue gosselet). On y fait des réparations de toutes sortes, de la tasse ébréchée, au grille pain qui fait sauter les plombs, du recousage de bouton à l’ordinateur qui plante. Ce qui est bien c’est que tout le monde à quelque chose à transmettre.

Affaire à suivre !